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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 10:48

Mercredi 14 octobre, si ma mémoire n'est pas trop «  flancheuse » à 12h30  le nouveau filtre est en place, la crise de goutte est résorbée et la météo idéale: coefficient de marée faible, pas de vent, pas de vague. Tout est bien amarré sur le pont et à l'intérieur, Yann nous a concocté un système de double palan pour que la barre ne se laisse pas aller à n'importe quoi. On appareille.

La première appréhension passée, nous passons à côté des énormes paquebots qui attendent sagement au large leur entrée au Havre et nous voilà hors des zones fréquentées, cap sur Cherbourg-Octeville. À bâbord, Caen, Courseulles... La mer est belle et docile, la barre est bien sage, tout est fluide. Quelques heures après c'est la pointe de Barfleur que nous voyons se dessiner. Je ne suis pas prêt d'oublier pour ma part ce sublime coucher de soleil qui dure, dure et dure encore dans mes yeux, ni cette nuit étoilée ou il fait presque chaud, une visibilité parfaite. Merveilleux, j'ai eu la chance de rester plus d'une fois seul à la barre, cela m'a rappelé les nuits de quart au plein milieu de l'atlantique, cette osmose d'infinis qui s'entremêlent. Je me sens très petit et pourtant comme en harmonie avec cet univers qui me porte. (Pardon c'était ma minute théologico-mystique, mais quel bonheur quand même quand ces moments là durent et durent et laissent des traces). Pour passer la pointe de Barfleur illuminée, le courant nous porte à nouveau, j'ose dire nous glissons.

Cherbourg en vue. Qu'ils seront longs ces derniers miles, le courant ne nous est plus favorable et nous perdons de la vitesse, de 12 kmh nous rétrogradons à 8, puis 5 et bientôt entre 2 et 3. Oui qu’elle est longue cette rade de Cherbourg, ces feux, fixes ou clignotants, il faut les gagner pour les doubler, on les voit de si loin et ils ne se rapprochent guère vite, comme s'il fallait les convaincre de se laisser approcher. Il est 4 heure passé, ce matin, quand nous franchissons la première entrée du port, encore quelques longues minutes et le temps de se repérer dans cette jungle de feux. Enfin nous trouvons un ponton pour passager et très vite au lit, départ prévu  tout à l’heure à 7h30.

7h30 tout le monde est sur le pont, un café vite fait et c'est reparti, même temps, mêmes conditions exceptionnelles, même mer. Au tout petit jour nous quittons le port et c'est bien parti pour cette nouvelle traversée. Les trois petites heures de sommeil  ne nous chahutent pas trop car la perspective d'une journée exceptionnelle nous donne des ailes.

Il y a un peu plus d'une heure que nous naviguons allègrement vers la Hague quand alerte générale, Gérard passant dans la carrée entend un bruit bizarre, il saute sur le pont et découvre que l'alarme moteur s'est enclenchée et les voyants sont au rouge. Le barreur n'avait apparemment rien vu ni entendu. Le moteur est stoppé, plusieurs essais et nous devons nous rendre à l'évidence, il y a un problème grave. Le circuit de refroidissement du moteur ne marche plus. Des hypothèses sont faites, mais nous n'avons pas l'outillage pour les vérifier ni évidemment pour réparer en pleine mer. Contact est pris avec le port de Cherbourg et là aussi c'est une évidence il nous faut nous faire remorquer... par la S. N.S.M.  Société nationale de secours en mer. Nous faisons grise mine. Heureusement la mer est d'un calme olympien et il n'y a aucun vent mais le courant de la marée nous entraine vers la terre: barre à gauche toute pour garder le cap vers le large, il nous faudra attendre un bon moment avant d'apercevoir la vedette pointer son nez venant du cap de la Hague. Un bout est lancé, nous sommes pris en remorque et direction le point de départ, à savoir Cherbourg, à quelques mètres du ponton que nous venons de quitter. Il est presque midi. Les marins de la vedette sont vivement intéressés par notre embarcation et ne se font pas prier pour la visiter pendant que Linda règle les questions administratives et, aussi ! … la facture que nous savons salée au regard du visage de Linda. Nous apprendrons que le coût de toute intervention est fonction de la distance et aussi de la longueur de l'embarcation ! … aïe.

 

Dès le début de l'après midi, un mécanicien monte à bord. Il faut changer une toute petite pièce de rien du tout, sorte de roue à ailettes qui entraine l'eau vers la pompe. Nous en avions bien une de rechange à bord mais rien pour la changer. L'origine de la casse de cette roue est détectée, un premier filtre que nous n'avons jamais vérifié est plein de morceaux de bois qui encombrent non seulement le filtre mais aussi toute la tuyauterie. Il n'y a pas de crépine à l'entrée du tuyau qui prend l'eau du canal: arrachée ou tout simplement inexistante? La réparation est vite faite et le moteur est remis en route. L'alarme reste muette... Bizarre il n'y a pas de rejet d'eau chaude à la mer. On stoppe le moteur. Très bizarre, de l'eau s'est écoulée à l'intérieur de la péniche, est-ce bien normal ?  On démonte pour s’apercevoir que le bloc... (Excusez moi, j'ai oublié le nom) on va dire un gros tuyau à compartiment qui éjecte l'eau qui a refroidi le moteur, donc de l'eau très chaude, tout en empêchant l'eau du canal ou de la mer de rentrer dans ledit tuyau par l'effet des vagues. Donc ce bloc n'a pas supporté l'eau trop chaude et il a fondu. Ce qui explique que l'eau de refroidissement s'écoule à l'intérieur au lieu d'être évacuée à l'extérieur. Consternation, il faut commander ce bloc qui vient du Sud de la France, ce qui veut dire encore de l'attente et une fenêtre météo qui nous échappe.

Prendre patience, pas toujours facile. Mais on y réussit quand même. On revisite la ville, on se détend comme on peut. Le vent se lève, il y a de la houle jusque dans le port et le coefficient de la marée monte de jour en jour. Combien de temps faudra t-il attendre? Le départ de Yann est à l'ordre du jour.

 

La place à la journée dans le port est très chère, calculée elle aussi à la taille de la péniche, il nous faut négocier le coût en expliquant notre situation à la responsable du port. Tout se passe bien, ou du moins au moins mal. Le capitaine du port interrogé nous murmure à l'oreille qu'un marin, en retraite, accepterait peut être de nous aider pour la traversée. Prise de contact est faite avec Jacques, ancien militaire de la marine, en retraite depuis 25 ans. Ce qui n'est pas négligeable, c'est qu'il connaît très bien mes cousins, je veux parler, vous l'avez deviné, du raz Blanchard et de tout ce qui porte ce nom autour de la Hague. Pour la toute petite histoire, nous découvrirons très vite que son anniversaire est imminent, que c'est le même jour que le mien, que nous avons tous les deux 42... et même né quasiment à la même heure. Il semblerait que je reste le doyen mais à un cheveu. Bref un jumeau.

         Jacques pense que c'est jouable, il suffit que le vent vire au Nord Est et que nous nous présentions à la pointe au bon moment, à savoir juste à la renverse. Je lui dit mon inquiétude quand au coefficient de la marée, il m'assure que si le vent est bien placé, il lissera la mer dès que nous nous engagerons dans le raz et que même si l'amplitude de la marée est un peu forte, ça n'est pas plus mal à condition bien sûr que même de N. E. le vent ne décorne pas les bœufs, force trois ou petit quatre. Le vendredi, les prévisions météo vont dans le bon sens, la bonne humeur est de mise, c'est pour demain matin. En attendant, Jacques souhaite que nous remâtions la péniche, je lui objecte que ce poids en hauteur me fait un peu peur étant donné que nous n'avons aucune quille, donc aucun lest. Oui, c'est vrai, mais si nous avons un problème de moteur, c'est indispensable, de plus nous mettrons le petit foc, cela ne peut qu'aider à stabiliser le bateau. Je ne suis pas marin, Jacques a l'air de connaître son affaire, donc confiance. Jacques rameute quelques amis et dès le soir à 18h30 nous nous mettons en œuvre autour du mât. Nous prenons le temps d'étudier chaque point pour toujours travailler en sécurité, nous avons quelques souvenirs de la seule fois ou nous avions mâté et démâté, chacun apporte sa pierre pour monter la chèvre qui servira à hisser le mât. Pour sortir le bout dehors à l'avant nous mettons la péniche quasi perpendiculaire au ponton. D'énormes précautions sont prises pour travailler avec le treuil et les muscles sont de sortie. Il est 22h quand nous finissons à la lampe torche. On y croyait pas trop mais çà y est, tout est en place. Après apéro et repas avec ceux qui peuvent rester, vite au lit, demain matin: force 4 mollissant 3, vent nord est, on décolle.

 

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Published by An daou korriganed - dans Hollande - Bretagne
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