Partager l'article ! Article paru dans le revue Fluvial, sept. 2010: &nb ...
Titre : Un bain de Bretagne, par Isabelle Arthur
Chapeau :
Linda et la Korriganez : belle histoire d'une amoureuse du monde
fluvial, et de sa péniche à voile : un tjalk hollandais plus que centenaire
flanqué de deux grosses dérives latérales et doté d'un mât de 18 mètres
de haut.
Corps du texte :
Tout cela commence par une belle journée de démâtage, nous sommes le 11
juin. Le quai du canal d'Ille-et-Rance à Betton fourmille et résonne, une vraie
ruche.
Cette partie du canal fait une halte fluviale charmante, à babord nageant dans
la verdure et à tribord longée d'un joli quai qui accueille chaque dimanche le
marché, très réputé pour la qualité de ses produits, où viennent en nombre les
habitants de Betton, de Rennes et des environs.
Linda, à la fois chef de bord, capitaine, moussaillon, cuisinière, mécanicienne,
jeune femme énergique et déterminée, donne ses ordres, court d'un bout à
l'autre de l'embarcation. C'est un grand jour de préparation : pour passer les
132 écluses et les ponts qui séparent Betton de Saint-Nicolas-des-Eaux, dans le
Morbihan, il faudra bien… démâter. Le mât, vedette de la journée, ne fait pas
moins de 18 mètres…
Linda est entourée d'un petit bataillon, des professionnels bénévoles -
membres de l'association Cabestan basée au Rheu - des mariniers et des amis
de passage. C'est grâce à cette solidarité très forte que l'on trouve sur la voie
fluviale que Linda a pu déplacer ce 38 T, long de 20 m et large de 1,35 m,
depuis qu'elle en est la propriétaire.
Cette solidarité qu'elle reçoit et redonne sans compter est une caractéristique de
Linda ; autour d'elle et de la Korriganez tout un petit monde va, vient, vit et
partage de belles tranches d'amitié et d'aventures sur l'eau.
Tout le monde sur le pont : manutention, démâtage et
manoeuvre
En ramenant la Korriganez de Hollande, Linda a eu la bonne idée de faire des
vidéos du premier démâtage lors de l'arrivée à Dinan en vue du passage des
ponts sur le trajet vers Betton. Très utile aujourd'hui pour les hommes de
Cabestan. Tout au long de la journée ils iront revoir des détails pour être sûrs
que l'opération se déroule correctement, parfois abrités sous un parapluie :
l'ordinateur est sur le pont et il fait grand soleil !
On découpe des pièces de bois qui viendront soutenir le mât une fois posé sur le
pont, on vérifie haubans, étais et pataras. On teste le cabestan au pied du mât
et on installe la " chèvre ", deux tangons en forme de V qui viendront faire
contrepoids lors de la descente du mât vers l'arrière. Les outils bien en main.
On enlève la grand-voile affalée sur le pont pour laisser place au mât. Des
dizaines de kilos de toile brut que nous étalons et replions sur le quai. Les
badauds sont ravis et posent plein de question.
Enfin l'instant magique après ces heures de préparation et de réglages, le mât
descend, les haubans se relâchent, tout le monde retient sa respiration ;
l'opération se fait en douceur. C'est un grand moment. Linda et les hommes du
Cabestan finissent leur tâche jusque dans le moindre détail, étais, haubans
bien maintenus sur le mât, rangement impeccable sur le pont, les voiles pliées
bien emballées par des bâches. Une véritable équipe de choc.
Allez ! maintenant qu'on est chauds, un demi-tour dans le canal dont la
largeur ne laisse pas beaucoup de place pour la rotation des 20 mètres de
Korriganez ! On défait les bouts d'amarrage, on ramasse le bout-dehors, ses
"moustaches" et sa "sous-barbe"*, on donne un coup de perche sur le quai,
Linda est au moteur. Cela ne suffit pas. Deux d'entre eux prennent un vélo et
filent par le pont, de l'autre côté du quai, pour attraper le bout qu'on leur lance.
Korriganez est enfin dans le sens du départ. Il est l'heure de fêter tout ça avec
un bon apéritif !
La ville de Betton regrettera de voir partir cette belle péniche qui ornait son
quai, la mairie en avait fait sa carte de voeux pour 2010 et Fluvial sa couverture
de février : la péniche prise dans la glace.
Linda, voyageuse et bretonne avant tout !
Une bonne dose de glace et de froid, Linda se souvient bien de son premier
hiver à bord, à Betton, des pannes de chauffage, des pannes électriques… Rien
ne freine sa solide détermination. Elle est faite pour la voie fluviale et si
possible, en Bretagne. Mais qui est donc cette jeune femme à la chevelure
rousse, aux yeux noirs comme des grains de raisin, au visage volontaire ?
Linda est née d'une mère pied-noir, de Tlemcen, et d'un père breton. Ses
grands-parents sont de Bain-de-Bretagne, au sud de Rennes. Elle a grandi à
Perpignan. À la mort de son père, il y a un peu plus de douze ans, Linda part à
la recherche de ses racines bretonnes. Inspirée par la mémoire de son père qui
était à la fois manuel et intellectuel, elle fait des études d'Ethnologie sur
l'identité culturelle bretonne… et passe un DEA dont l'intitulé est " Qu'est-ce
que signifie se sentir de quelque part ? ". C'est une forme de recherche
identitaire sur elle-même. À Landernau elle fait un an de breton ; puis un an de
préparation à l'enseignement Diwan, sans donner de suite. Elle reprend sa
thèse en 2006, pose sa candidature à l'Université Laval à Québec et obtient un
financement sur 3 ans pour travailler sur son sujet de prédilection, les identités
de territoire des bretons qui sont au Québec, sujet : "Comment se sentir Breton
à des milliers de kilomètres de chez soi ?".
C'est au Québec qu'elle rencontre Guénaël qui fera un petit bout de route avec
elle, jusqu'à Betton où les chemins se séparent. Au Québec elle apprend à jouer
de l'accordéon - elle possède un bon répertoire breton… ! -, à Montréal elle suit
des stages à l'École du meuble et de l'Ébénisterie.
Gavotte le chat de Linda est aussi un souvenir de son passage chez nos cousins
d'Outre-Atlantique. Devenue mascotte de la Korriganez, c'est le seul chat à ma
connaissance qui soit à la fois "de garde", elle n'hésite pas à attaquer les
chiens qui passent sur le quai et "nageuse" puisque Linda entend de temps à
autre des "ploufs" évocateurs… Gavotte saute à l'eau et remonte en s'agrippant à
la berge. À l'image de sa maîtresse, Gavotte est un chat surprenant.
De Québec, Linda et son compagnon partent vers la Hollande où ils ont repéré
le grand projet des années à venir : un tjalk hollandais qui les attend à
Groningen.
Quand Kapriool devient Korriganez
L'achat du bateau se fait sur un coup de coeur, ils ne connaissent ni l'un ni
l'autre le monde fluvial et maritime. L'ancien propriétaire, hollandais, Jos Ten
Zijthof, explique en anglais à Guénaël tous les spécificités techniques du
bateau. Guénaël traduit de l'anglais vers le français toutes les notices
techniques, actes chez le notaire, enfin tous les papiers nécessaires à l'achat
puis au fonctionnement du bateau. Jos laisse meubles, vaisselle, draps… tout
un petit univers dans le bateau qui fut sa passion pendant 26 ans. Il vivait six
mois à bord (charter, chambres d'hôtes) et six mois dans son atelier de
menuiserie. L'intérieur du bateau est tout en bois. Kapriool participait à de
nombreuses courses et régates sous voiles, dont on peut encore voir des photos
sur internet.
Linda et Guénaël vont faire la route avec le bateau de leurs rêves de Groningen
jusqu'à Betton, En passant par les canaux hollandais, le polder intérieur vers
Amsterdam, puis Dordrecht, Anvers, Bruxelles ; ils traversent la Wallonie,
suivent l'Escaut et le Canal du Nord, la Seine. Arrivée au Havre, Korriganez
prend la mer avec l'aide d'un ancien marin de la marine nationale, rencontré
au port de Cherbourg. Quelques jours après, Linda et son équipage aperçoivent
le port de St-Malo. Un périple que Linda vous racontera peut-être.
Ce premier et grand trajet, ils l'ont fait à l'aide de tous ceux qui les ont
accompagnés le long de la voie fluviale : amis, amis d'amis et rencontres de
bord de mer.
En avant toute
Le 24 octobre 2009 Linda arrive à Betton avec "sa maison". Après une année de
transition, elle décide d'entreprendre une formation de " Menuiserie en
construction nautique " (MCT) à Auray (une des seules en France avec celle de
La Rochelle). Une belle opportunité pour Linda qui y voit " l'unique occasion
d'apprendre des techniques pour l'aménagement intérieur bois, résines et
accastillage qui me serviront à entretenir mon bateau." En juin, elle part
s'ancrer à Saint-Nicolas-des-Eaux, accompagnée tout le long du canal d'Illeet-
Rance jusque sur le Blavet, avec 132 écluses à franchir, par un roulement
tous les deux jours, d'une vingtaine de personnes, amis et pilotes de
l'association Cabestan.
La plupart d'entre eux n'ont jamais navigué sur ce genre de bateau ; mais le
vieux gréement est vite maîtrisé par ces pilotes confirmés qui, à leur tour,
initient Linda et les autres membres de Cabestan. Au fil des écluses, chacun
s’habitue à la forte inertie de Korriganez et à sa marche arrière capricieuse… !
Certains en profitent pour se former au matelotage avec Didier, expert en
épissures, surliures et autres techniques pour réparer les bouts. D’autres
écoutent les conseils de Julien en particulier pour la maîtrise de la barre ou la
réalisation des noeuds marins. Certains encore décident de faire les cuivres,
tandis que d’autres sont contraints de réparer les toilettes qui ont lâché en
cours de route. La panne classique sur un bateau !
Gavotte quant à elle, se dore la pilule au soleil.
Le paysage breton défile comme un rêve, les pénichards en herbe ont la
surprise d’assister à un Madison dansé par un club de retraités dans une
guinguette située au bord du canal. Un peu plus loin sur le chemin, les
musiciens du bord improvisent un concert dans une écluse applaudis par de
nombreux spectateurs. Pour ce qui est des surprises culinaires Linda fait goûter
à l'équipage sa merveilleuse soupe à l’ortie blanche ! Arrivés le 23 juin à St-
Nicolas-des-Eaux, nos voyageurs finissent en beauté avec un pique-nique offert
par Linda, le long du canal, où chacun se remercie pour l'expérience partagée,
au son des musiciens, des pas des danseurs et des chants de marins.
Demain, la mer…
Aujourd’hui, le passage des écluses n’a plus de secret pour Linda. Depuis elle
s’est lancée dans l’aventure de la voile sur Korriganez. première étape : Lorient
- La rade de Brest en passant par Les Glénans, Audierne et Camaret. La
navigation continue sur la vielle dame de fer…
Korriganez s'ancre pour l'hiver à Port Launay. Des sorties à la voile sont
prévues dans la rade de Brest à partir de mars prochain, avec en perspective les
rassemblements de Brest et Douarnenez 2012. Linda compte bien s'inscrire
dans une association de vieux gréement à Brest pour pratiquer son savoir sur
d'autres vieux gréements à ses heures perdues, s'il lui en reste !
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* Bout-dehors : pièce fixe ou rétractable pointant à l'avant du bateau,
maintenue en transversal par des « moustaches » et en vertical par une « sousbarbe
».
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Linda Guidroux
Bateau « Korriganez »
lindaguidroux@gmail.com <mailto:lindaguidroux@gmail.com>
Pour en savoir un peu plus sur les débuts de Linda sur la Korriganez : le blog de
Linda
http://bag-ar-korriganed.over-blog.com/ <http://bag-ar-korriganed.overblog.
com/>
Korriganez
Tjalk hollandais
38T
longueur 20 m
largeur 1,35 m
mât 18 m
Bateau aux normes, homologué pour faire du charter,
en cours de démarche pour être classé au Patrimoine Fluvial et Maritime.
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Pour en savoir plus sur son ancien propriétaire.
De belles photos à voir.
http://www.kapriool.nl/hetschip.html <http://www.kapriool.nl/
hetschip.html>
http://www.kapriool.nl/ <http://www.kapriool.nl/>
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Encadré AFPA
AFPA
AURAY KERVALH en BRECH
BP 622 - 56406 Auray Cedex
02 97 56 56 56
www.bretagne.afpa.fr <http://www.bretagne.afpa.fr/>
afpa-auray@wanadoo.fr <mailto:afpa-auray@wanadoo.fr>
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Le site AFPA accueille chaque année plus de 1000 personnes, salariés et
demandeurs d'emploi, qui viennent se former, se perfectionner ou valider leurs
compétences.
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Encadré CABESTAN
CABESTAN
Président : Guillaume JEHENNE
02 23 20 54 12 - 06 75 33 19 23
35651 Le Rheu
asso.cabestan@free.fr <mailto:asso.cabestan@free.fr>
http://www.cabestan.asso1901.com <http://www.cabestan.asso1901.com/>
Créée il y a un peu plus de 15 ans, l'association nautique Cabestan a pour but de
développer toute activité en lien avec le milieu maritime et fluvial.
Cabestan met en synergie les compétences variées et complémentaires de ses
membres et propose de la navigation :
- à voile en mer, à proximité des côtes de Bretagne nord.
- sur les eaux intérieures de Bretagne à bord de son bateau fluvial "Cool Douce"
Cabestan organise régulièrement :
- des sessions de formation théorique qui peuvent servir de préparation aux
permis "bateaux à moteurs".
- des ateliers de bricolage, mécanique, entretien...
- des conférences sur différents thèmes en relation avec le nautisme.
- des soirées festives et participe aux animations locales.
Réunion tous les premiers lundi du mois à 20h30.
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